Rendre le métier de développeur attractif

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Dec 05 2010

Le Paris JUG a récemment organisé une soirée avec ses sponsors, ce qui a été l’occasion de discussions et d’échanges passionnants et très enrichissants. D’autant enrichissants que nos invités n’étaient pas tous des habitués de nos soirées geeks, plutôt de ces personnes que l’on ne croise qu’exceptionnellement (quel dommage !).

Une des remarques de l’un de nos invités, qui ne connaissait le Paris JUG que de nom, portait sur le constat qu’il faisait de la désaffection des étudiants pour les métiers du développement informatique. Les conséquences à court terme en sont désastreuses : difficultés, impossibilité même, parfois, de pouvoir satisfaire les besoins de ses clients, nécessité de faire appel à de la sous-traitance délocalisée. Le danger de voir tout un pan de l’industrie du développement quitter la France, faute de compétences, et faute de pouvoir maintenir un niveau de savoir-faire suffisant à moyen terme, existe à l’heure actuelle. 

Sa question, adressée au Paris JUG (j’imagine qu’il ne l’adresse pas qu’à nous, probablement se l’adresse-t-il également à lui-même) est simple : comment améliorer l’image des métiers du développement, comment rendre ce métier attractif ? 

Une tentative consiste à associer les développeurs aux artisans. L’idée peut paraître séduisante, car l’artisan est un créateur, ce qu’un développeur est aussi. Elle a ses limites, car l’artisan crée du palpable, et le développeur de l’immatériel. L’association tente à l’évidence de projeter la noblesse des métiers de l’artisanat sur le métier de développeur. 

Cette association fonctionne-t-elle vraiment ? D’un côté l’on a des techniques d’ingénierie parfois millénaires, des créations faites pour durer, et de l’autre une industrie qui n’existait pas il y a 60 ans, dont la production est obsolète en quelques années. Et d’ailleurs, cette association ne sera-t-elle pas limitée par l’image de l’artisanat dans notre société, qui n’a pas une très haute idée des métiers manuels ? On tente depuis des dizaines d’années de « revaloriser l’apprentissage ». On présente les études longues comme le point de passage obligatoire de l’élévation sociale. Est-ce le signe d’une quelconque considération pour l’artisanat ? Même si l’image du noble créateur me séduit (me flatte ?) en tant que développeur, séduira-t-elle des étudiants qui doivent faire leur choix de vie professionnelle, séduira-t-elle leurs parents ? 

Plusieurs choses peuvent séduire les étudiants. Le salaire à l’embauche est un paramètre fondamental, de même que la perspective de trouver rapidement un job. Je ne pense pas que ces deux points posent ici un problème. Un développeur bien formé, qui a fait un bon stage, se case vite et bien. Le troisième paramètre : les perspectives de carrière, sont à mon avis un point qui mérite d’être examiné. 

Quel discours l’industrie française du développement offre-t-elle aux jeunes diplômés, quant à leur carrière ? Il tient en une phrase : ne plus développer après 35 ans. Au-delà de 10 ans de développement, il faut s’orienter vers l’architecture, qui semble être le Graal de tout développeur débutant, ou vers le management de projet. Éventuellement vers l’ingénierie d’affaires. 

Mais que devient alors le discours sur l’artisanat ? N’est-ce pas au bout de 10 ans qu’un artisan peut devenir maître artisan, titre qui salue une carrière et un travail réussis dans une même discipline ? Un artisan devenu maître s’arrête-t-il de créer, alors qu’il est probablement au sommet de son art ? N’est-ce pas à partir de cet âge qu’il commence à prendre des apprentis, et à transmettre son savoir ?

Je pense que ce discours est un facteur de démotivation pour les étudiants en train de faire leur choix. Expliquer à un jeune professionnel passionné par ce qu’il fait, qu’il doit être sur ses gardes, de bien négocier ce virage qu’est la sortie de carrière de développeur, et qu’il ne doit pas s’y prendre trop tard, est de mon point de vue une source de démotivation. Démotiver un jeune développeur à peine entré dans le métier est une erreur, et comme toutes les erreurs, elle a un coût. Peut-être ce coût est-il de  diriger une partie de ces jeunes directement vers l’étape suivante, sans passer par la case « développement ». 

Changer ce discours ressemblerait à une révolution culturelle. De son recrutement à son management dans une équipe, un développeur de 40 ans passés ne se gère évidemment pas comme un jeune diplômé. Combien connaissent aujourd’hui les ficelles de cette gestion ? Au vu du nombre de tels développeurs dans les sociétés, je ne pense pas qu’ils soient nombreux, et d’ailleurs, peut-être ces ficelles sont-elles encore largement à découvrir ?

À l’heure où l’on parle de l’« employabilité des séniors », à l’heure ou certaines grandes sociétés considèrent comme « séniors » leurs employés de plus de 45 ans, peut-être ces questions devraient-elles être examinées sérieusement ? 

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